22 km

dénivelé : environ 300 mètres.

 

BOULAY carte

Notre randonnée du jour va nous conduire jusqu'au site de Ban Saint Jean, près de Boulay, par un parcours offrant souvent des vues dégagées sur la campagne environnante.

 

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Rendez vous à Boulay, en Moselle, au parking situé à l'intersection des routes D19 et D25, au sud de la ville.

Nous longeons le Kaltbach, ruisseau noyé dans la végétation. Une heure de marche nous mène par de larges chemins dans une belle forêt domaniale.

 

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Le secteur fortifié de Boulay fait partie de la ligne Maginot, entre les secteurs de Thionville, à l'ouest, et de Faulquemont, à l'est. Cette ligne Maginot, longeant la frontière entre Dunkerque et la Corse, était censée empêcher les armées allemandes de franchir la frontière.

Nous passerons à côté d'ouvrages fortifiés et apercevrons même plusieurs forts qui semblent abandonnés.

 

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Après une montée sous couvert en pente douce, nous atteignons les hauts : grands espaces déserts et larges vues sur les champs cultivés et les prairies; le chemin serpente au milieu d'éoliennes aux palles immobiles.

 

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Nous nous dirigeons vers le ban Saint Jean, haut lieu oublié de la seconde guerre mondiale.

Le site fut un sinistre camp de transit nazi.

La gare de Boulay, rebaptisé Bolchen par les Allemands, a vu arriver plusieurs centaines de milliers de prisonniers de guerre et d' "Ost Arbeiter". Un certain nombre ont été enterrés à proximité dans une fosse commune creusée à l'emplacement du cimetière juif de Boulay.

Les Ost Arbeiter étaient des civils raflés dans les pays de l'Est, en particulier en Union Soviétique; ils étaient dirigés vers les régions de l'Allemagne (dont faisait partie Boulay durant cette deuxième annexion) qui avaient besoin de main d'oeuvre : mines, laminoirs ... site d'Hagondange, plus grande usine d'Europe construite en 1912 par les Allemands lors de la première annexion; 5000 personnes furent ainsi affectées au travail dans les mines du bassin houiller mosellan.

En 1942 un Mosellan sur 7 aurait été d'origine slave.

Les Slaves étaient considérés par les nazis comme une race inférieure, comme des sous hommes. Ils devaient servir la machine de guerre allemande au moindre coût. Aucun mélange racial ne devait être toléré.

 

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C'est au ban Saint Jean, à quelques kilomètres de Boulay, que les Allemands installèrent un camp de transit, surnommé "camp de la faim" en raison des terribles privations de nourriture supportées par les prisonniers. Ce camp, qui sévit de 1941 à 1944, n'était en principe pas un camp de concentration ou d'extermination.

On voit encore les ruines des habitations des officiers pointer entre les arbres.

Bien que ce fut en principe interdit, certains de ces prisonniers furent affectés dans les fermes, qui manquaient de main d'oeuvre, les hommes étant parti combattre dans l'armée allemande.

C'était une véritable planche de salut pour ces ouvriers agricoles, qui pouvaient y trouver de la nourriture.

Pourtant, la Gestapo veillait à réduire les contacts entre Mosellans et Ost Arbeiter; certains Mosellans furent internés pour ne pas avoir respecté cette règle, tel ce boulanger de Boulay qui laissait du pain sur sa fenêtre; après plusieurs avertissements, il sera interné et les Boulageois (habitants de Boulay) ne le reverront plus.

 

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Environ 2500 prisonniers et travailleurs forcés se trouvaient dans le camp quand les alliés libérèrent le Ban Saint Jean.

Mais ils avaient travaillé pour l'ennemi et les autorités staliniennes les considéraient comme des traitres; s'en suivirent des rééducations en goulag voire des exécutions.

A l'automne 1945, les fosses communes du Ban Saint Jean furent ouvertes; les premières exhumations permirent de dénombrer 204 fosses communes, contenant entre 80 et 120 squelettes, soit environ 20.000 morts, alors même qu'il semble que la totalité du périmètre du camp n'ait pas été explorée.

Les autorités allemandes ont avancé le chiffre de 28.000 morts pour 300.000 prisonniers ayant transité dans le camp.

Le ban Saint Jean serait ainsi le mouroir nazi le plus important de France.

 

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Cette zone de 115 hectares fait actuellement office de camp militaire pour l'armée française; son accès est strictement interdit au public.

Pour que ce site  ne tombe pas dans l'oubli, il pourrait devenir un lieu de mémoire des atrocités commises par les nazis.

La stèle a été érigée en 2012 par le ministère de la Défense et des Anciens Combattants; à cette occasion une cérémonie a eu lieu en présence de représentants russes et ukrainiens.

 

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Nous revenons à Boulay par les villages de Denting, et son pont sur le Mühlenbach, et de Riorange.

Nous avions mis dans le sac la cape de pluie en raison des orages pluvieux annoncés, mais le sol est resté sec et nous ne rencontrerons qu'une brève ondée plutôt rafraichissante, en revenant par les rues de Boulay.