Distance : 21km - Dénivelé : 230m

 

carte de la randonnée

 

 

départ de Martincourt

Martincourt est au fond de la vallée de l'Esch; le village a été détruit pendant les combats de la deuxième guerre mondiale.

Nous partons par le haut du village, depuis la rue surplombant l'église, nous dominons le bourg encore nappé de quelques lambeaux de brume.

Un autre parcours était aussi possible, par le bas du village : un bon chemin coupe court par un mignon et étroit pont de pierre qui traverse l'Esch

 

 

à Saint Jean

Le hameau de Saint Jean comprend quelques maisons, bien situées dans son vallon.

Un chemin à notre droite, vers le nord, vient de Saint Jacques. Nous allons longer le ruisseau d'Esch, remontant son cours jusque Manonville. Le chemin en proie à des travaux forestiers est boueux, mais les flaques et ornières ne sont pas très profondes.

 

 

le ruisseau d'Esch

Le ruisseau d'Esch prend sa source au pied des côtes de Meuse sur la commune de Jouy sous les Côtes;il se jette environ 40 kilomètres plus loin dans la Moselle à Pont à Mousson, au lieudit l'Ile d'Esch.

Il alimente en eau un lavoir de la commune de Jouy sous les Côtes, le village sous les côtes de Meuse qui est connu pour son "musée de la Belle Epoque"; la commune est dotée d'une autre source, qui alimente un autre lavoir : en effet c'est également dans cette commune que prend naissance le Rupt de Mad, qui va alimenter en eau le lac de la Madine.

 

 

le lavoir avant Manonville

 

Nous franchissons l'Esch par un pont réalisé en plaques de ferraille, passant de la rive gauche à la rive droite, et parvenons au lavoir de Manonville.

L'Esch est un cours d'eau de côtes calcaires; il traverse la forêt de la Reine, la plaine de la Woëvre et la Petite Suisse Lorraine; relativement lente sur la plaine argileuse, la rivière devient vive à partir de Manonville, où elle s'enfonce dans les terres calcaires.

Ainsi que l'indique le panneau planté près du lavoir, un programme de restauration et d'entretien des berges de l'Esch est en cours.

10 moulins étaient recensés sur le cours de l'Esch, dont celui de Martincourt et celui de Villevaux, quelques kilomètres plus en aval, en pleine Petite Suisse Lorraine.

Le premier moulin installé sur son cours se trouvait dans le bas du village de Minorville, où nous passerons tout à l'heure; c'était une construction imposante, permettant le stockage des grains à moudre et de la mouture ; de ce moulin est encore une arche de sortie de l'eau (canal de fuite), ainsi que l'étang de retenue.

 

 

le château de Manonville

 

Nous arrivons à Manonville; le village est attesté dès le 10e siècle sous le nom de Manonis Villa; il dépendait du diocèse de Toul.

Le château est imposant, il domine la plaine de la Woëvre; du 14e siècle, mais d'origine plus ancienne, il a appartenu aux barons de Manonville; plusieurs fois remanié, il accueille désormais 2 gites ruraux

De la route on aperçoit la façade dominant les fossés, avec sa belle tour d'angle bien conservée.

Curieusement, ce château n'est ni classé ni inscrit aux Monuments Historiques.

Le château a été partiellement détruit mais les bâtiments qui subsistent sont en bon état; sa forme était celle d'un quadrilatère irrégulier dont les 4 angles correspondent à peu près aux 4 points cardinaux; il comprenait 4 corps de bâtiments de différentes époques, autrefois flanqués de 7 tours ou tourelles rondes, entourant une vaste cour au milieu de laquelle un donjon dominait l'ensemble  avant d'être démoli en fin du 17e siècle ou début du 18e siècle.

En 1666, après les guerres, le château de Manonville, comme tous ceux existant alors en Lorraine, a été démantelé : Richelieu a fait raser une partie des tours et combler une partie des fossés; la route de Verdun qu’on appelait «le grand chemin» passait peut-être déjà dans la partie sud-ouest du fossé.

 

 

la plaine de la Woëvre

 

En sortie de Manonville, nous prenons la route vers Minorville; sur notre gauche, nous apercevons l'ancienne gare du Tacot de Manonville Minorville.

Les prunelles dans les taillis sont juste mûres et en abondance en ce début de mois de décembre.

Derrière nous le château de Manonville brille au soleil.

 

 

après Minorville

 

Nous nous arrêtons à midi pile à Minorville pour un casse croute sorti du sac, pris à l'ombre de l'église.

Un acte de donation de 1065 prouve l'existence de ce village dès cette époque. En 1588 les habitants sont autorisés à construire des murailles autour du village, qui ont disparu depuis.

Nous longeons le bois de Minorville et traversons le bois de Domèvre en Haye par un bon chemin rectiligne, où passait, au début du siècle dernier, le chemin de fer du Tacot, dont nous avons déjà vu une des gares.

 

 

sur l'ancienne ligne du Tacot

 

Le chemin de fer du Tacot reliait Toul à Thiaucourt par une ligne de 47km de long; il a été ouvert au trafic en 1910, tant pour les voyageurs que pour les marchandises.

La construction de la ligne, qui doit irriguer tout le sud toulois, est évoquée dès 1875.

Sa réalisation est retardée par l'opposition des militaires : ceux ci craignent que les Allemands se servent de la ligne pour amener leur artillerie en vue de Toul, qui est une importante place forte du dispositif français. Les militaires fixent leurs exigences : la construction est à voie étroite (voie métrique); elle est conçue pour qu'une ligne à voie normale ne puisse pas s'y substituer (largeur, pente, courbure ...), avec 3 ouvrages de rupture faciles à détruire (pont et viaduc à Flirey, Bernécourt et Bouillonville).

Concédée en 1904, la ligne est réceptionnée en 1910; elle est ouverte au trafic, voyageurs puis marchandises, la même année.

La construction de la ligne a commencé à Thiaucourt, alors que le tracé de l'arrivée à Toul n'était pas encore défini; la "place de la Gare du Thiaucourt" existe encore à Toul, même si la gare a depuis longtemps disparu.

Les tronçons subsistant ont un rôle important pendant la première guerre mondiale; reconstruite vers 1919 1920, la ligne ne connait qu'un faible trafic; fermée définitivement aux voyageurs dès 1932, elle est ensuite progressivement fermée tronçon par tronçon au trafic des marchandises.

 

 

les villages desservis par le Tacot

 

19 arrêts étaient prévus, avec 14 stations, 2 haltes et 3 stations facultatives :

Toul | Ecrouves ( arrêt facultatif) | Pagney derrière Barine | Bruley | Lucey | Lagney | Ménil la Tour - Sancey | Royaumeix - Andilly | Manoncourt (halte ) | Domèvre - Tremblecourt | Manonville - Minorville | Noviant - Lironville | Bernécourt - Mandres - Grosrouvres | Flirey | Mort Mare (arrêt facultatif ) | Essey et Maizerais | Pannes - Euvezin (halte ) | Le Fer à cheval - Bouillonville ( arrêt facultatif) | Thiaucourt

Les haltes étaient des stations qui ne prenaient pas de marchandises; dans les stations facultatives il fallait faire signe au chauffeur pour qu'il arrête le train.

Sur les 19 arrêts, 7 sont des gares qui desservent 2 voire 3 villages, construites parfois en pleine campagne; nos récentes gares LGV construites dans le désert (rural) n'ont donc sur ce point pas innové.

C'est le département qui finance la construction; le coût en est réparti entre les différentes communes; toutes sont d'accord au départ mais certaines peinent à accepter les rallonges budgétaires nécessaires; il a été dit que les communes  récalcitrantes ont vu leur gare s'éloigner du village ...

La ligne était desservie par 5 locomotives, 11 voitures et 4 fourgons pour marchandises.

3 châteaux d'eau pour le ravitaillement en eau avaient été mis en place, à Toul et Thiaucourt et à Manonville, à une centaine de mètres de la gare, avant le franchissement du ruisseau de l'Esch ; une station de pompage permettait d'utiliser l'eau de l'Esch pour remplir le réservoir; des vestiges du réservoir et de la station de pompage sont également encore visibles.

3 aller retour par jour étaient prévus, et plus si nécessaire. Le tarif était à l'origine de 0,06f du km pour la 2e classe.

 

 

une balise du chemin du Tacot

 

Un chemin a été balisé fin 2012, de Toul à Manoncourt en Woevre, sur 18,8km de l'ancienne ligne; les balises représentent une locomotive stylisée.

Sa prolongation était prévue; nous parcourons la section allant jusque Domèvre en Haye, qui est également balisée.

L'ancienne ligne de chemin de fer nous amène à Domèvre en Haye, dans l'arrondissement de Toul, longtemps figurant comme un des chefs lieux de canton les moins peuplés de France (avant le redécoupage cantonal de 2014).

C'est un ancien village de vignerons; l'église a une tour romane, la nef est du 18e siècle.

 

 

le château de Pierrefort

 

Nous atteignons le haut des côtes de la vallée de l'Esch et mettons cap au nord.

Le château de Pierrefort, depuis le bon chemin où nous marchons, nous apparait selon un angle inédit.

Dominant la vallée de l'Esch, dite aussi Petite Suisse Lorraine, et le village de Martincourt, ce château a été construit en 1306 par l'évêque de Metz Renaud de Barr (1302-1316);

En 1448 le duc René 1er d'Anjou devient propriétaire du château.

Les Bourguignons réussissent à s'emparer, en faisant une fragile enclave en terre des ducs de Lorraine

En 1474 René 2 de Lorraine met le siège devant la forteresse. Les Lorrains reprennent le château et démolissent le donjon.

En 1636 la forteresse est démantelée sur ordre de Louis 13 et de Richelieu.

En 1862 le château est classé au titre des monuments historiques

Depuis la forteresse fait partie d'une exploitation agricole et sa belle architecture se dégrade peu à peu ...

Le dernier seigneur propriétaire aurait été le marquis d'Heudicourt.

Le château comportent de sobres fenêtres à linteau à arc en accolade; nous ne verrons pas la belle fenêtre à meneaux Renaissance qui orne la façade intérieur de la propriété ...

De l'autre côté de la route sont encore visible les vestiges de courtines avec trous de boulins, ces trous qui permettaient, lors de la construction d'un mur, d'y accrocher les traverses supportant le plancher de l'échafaudage.

Nous n'avons plus qu'à prendre la route descendant vers la vallée de l'Esch et Martincourt.